vous êtes ici : Comment naît un scénario de BD / Quelles sont les étapes de la création?
25-09-2017

Le synopsis

Dès que j’ai l’idée d’une possible base de scénario, j’étudie de façon logique les développements cohérents, j’imagine des rebondissements, des chutes, des fausses pistes si besoin est pour entretenir un certain suspense,  je définis le caractère des personnages principaux et tout ceci se met en place lors de la rédaction d’un synopsis général. Le plus important est de prévoir une fin originale mais plausible, qui surprenne le lecteur, ce qui permet de disposer au fil des pages les ingrédients qui vont pouvoir  l’amener.

Je reprends ensuite ce synopsis pour le découper en séquences homogènes, en fonction du lieu, de la durée de l’action, de l’importance de celle-ci. Curieusement, et bien que cela ne soit pas calculé à l’avance, j’arrive toujours en général à un nombre de séquences à peu près équivalent : aux environs d’une quinzaine.

Pour le dessinateur également, la création passe par plusieurs étapes : le dessin crayonné, son encrage ensuite et enfin la mise en couleurs.

Quelques pages du premier synopsis du tome 4 de la série Paquebot des sables

Extraits du premier synopsis du tome 4 du Paquebot des sables




Le découpage

Page d'un synopsis précisant le découpage

Une page d'un synopsis découpé


Il s’agit ensuite de faire un découpage précis qui corresponde à la pagination finale voulue : en général 46 planches pour un album standard.  Pour cela je « pèse » chaque séquence et je lui affecte un nombre de planches données. C’est une méthode efficace pour contourner une contrainte – et une difficulté – inhérente à la BD : faire exactement tenir une histoire dans un nombre donné de pages, en la répartissant bien pour ne pas se trouver confronté au problème insoluble (sauf à tout reprendre depuis le début) de l’insuffisance de place pour la finir correctement.

Quand j’ai achevé le synopsis, il représente entre quatre et huit pages. Il faut encore parfois résumer ce document en deux à trois pages pour en faciliter la lecture par le futur éditeur.

Le scénario définitif

Scan d'un scénario avec découpage

Une page d'un scénario définitif

Une fois le feu vert donné par l’éditeur, il ne reste plus ensuite qu’à écrire le scénario détaillé pour le dessinateur, case par case, planche par planche, en conformité avec mon découpage, avec à chaque fois, pour chaque case, les indications du décor, des suggestions de cadrage, la description de l’action, et le texte des bulles, bien sûr. Et sans oublier d’essayer de trouver une sorte de chute à la fin de chaque page, qui donne envie au lecteur de passer à la suivante. Ce scénario est un document qui peut faire de cinquante à soixante  pages.

Je laisse toujours la possibilité au dessinateur de s’écarter de mes indications de mise en scène s’il estime qu’une autre option soit plus efficace ou corresponde mieux à sa propre vision.

L’importance d’un regard extérieur

Photo de Charlotte

Photo de Charlotte

Quand on met au point une histoire, il devient assez vite difficile d’avoir suffisamment de recul pour juger impartialement de ses effets. Est-ce que le récit fonctionne bien ?  L’intrigue titille-t-elle suffisamment l’intérêt du lecteur ? Très difficile de s’en rendre objectivement compte soi-même… Rien ne vaut pour cela un regard extérieur. Je soumets donc  régulièrement mes projets (BD ou romans) à ma fille Charlotte. Elle a une solide formation littéraire, et c’est une lectrice à la critique impitoyable : elle ne laisse rien passer ! Dès qu’elle trouve un point qu’elle juge faible,  elle me fait part de ses commentaires sans concession. Elle me conseille parfois de changer certaines directions, de dissiper l’ambiguïté de certaines situations, ou bien d’éviter des ellipses trop marquées, ou alors de condenser certains développements trop longs, ou encore d’apporter ici ou là une précision significative. Ses remarques sont toujours fondées et il est extrêmement rare que je ne me laisse pas convaincre. Depuis quelques années elle s’implique de plus en plus dans la mise au point de mes scénarios en me suggérant des pistes astucieuses, et des séquences auxquelles je n’aurais sans doute pas pensé tout seul. Charlotte  mériterait probablement d’apparaître comme co-scénariste ou co-auteur sur les projets qui restent à publier…